John Legend a récemment rejoint le club très fermé des « EGOT », les artistes qui ont gagné les quatre plus prestigieuses récompenses du monde du divertissement : Emmy Award, Grammy, Oscar et Tony (télévision, musique, cinéma et théâtre).

Difficile d’imaginer qu’un talent aussi multidimensionnel ait été un jour confiné à un bureau ! Pourtant, avant d’être John Legend, le natif de l’Ohio était juste John Stephens, un consultant en management au sein d’une grande firme multinationale.

Musicien depuis le plus jeune âge, John est conscient de son talent et compte bien faire de sa passion une carrière. Elève brillant, il est admis à l’University of Pennsylvania, une Ivy League très prisée dont il sort diplômé en littérature anglaise et littérature afro-américaine en 1999.

Pourtant, après avoir fini ses études, il décide, comme ses camarades, de suivre une voie toute tracée et d’intégrer le Boston Consulting Group (BCG), un très prestigieux cabinet de conseil.

John explique avoir fait un choix raisonné : il vivait à New York et avait besoin d’argent pour payer son loyer, donc il s’est résolu à prendre un job qui paie bien et consacrer le reste de son temps à sa passion.

Selon une ancienne collègue, il était aimable et faisait très bien son travail (pour la petite histoire, il était particulièrement doué en tableaux Excel). Calme et d’apparence introvertie, on le voyait souvent avec son casque sur les oreilles en train de chantonner doucement.

John Stephens avait un plan, une vision pour transitionner vers la musique à plein temps. De jour, il faisait de la modélisation financière et présentait des Powerpoint devant des clients ; de nuit, il écrivait des chansons et se produisait dans des bars et des petites salles à New York et en Philadelphie. Comme tous les musiciens débutants, il enregistre des démos qu’il vend à la sortie de ses shows. Les labels ne répondent pas à ses candidatures mais il ne se décourage pas et continue d’écrire et de chanter un peu partout, croyant dur comme fer en son rêve et restant convaincu que l’opportunité tant rêvée se présenterait d’un jour à l’autre.

Ce fut le cas en 2001 : DeVon Harris, son ancien colocataire avec qui il a gardé contact, l’appelle et lui propose de rencontrer son cousin, un producteur qui commence à faire parler de lui à Chicago. C’est ainsi que John fait la connaissance de Kanye West ! Le futur Yeezus le fait signer dans son label et l’emmène avec lui en tournée. John gagne progressivement en popularité et se voit offrir un deal en maison de disques en mai 2004. Son premier album, Get Lifted (2004), est un succès mondial qui lui vaudra deux Grammy Awards : « Meilleur Album RnB » et « Meilleure Performance Vocale RnB Masculine ».

Un ami lui dit que sa voix et son style lui rappellent les chanteurs « old-school » et qu’il sonne comme les légendes de la musique. Il décide de l’appeler « John Legend », surnom qui sera repris par Kanye West et beaucoup d’autres avant que le principal intéressé ne l’adopte définitivement comme nom de scène.

John Legend est resté un peu plus de trois ans au BCG (il quitte son poste en 2002), un détour pour mieux atteindre un objectif qu’il n’a jamais perdu de vue : on voit là l’importance de la vision et de garder son rêve en tête. Son histoire montre qu’occuper un job qui ne correspond pas à ses ambitions n’empêche en rien de réaliser ses rêves à côté, à condition de travailler très dur à les concrétiser. Pour cela, il faut s’armer de sa passion.

 « C’est beaucoup plus cool d’être détaché et apathique, non ? Nous aimons tous un peu de sarcasme, de cynisme et d’ironie, surtout de la part de nos artistes, comédiens et écrivains préférés. Je comprends. Mais ce détachement cool ne vous mène pas loin. La passion vous emmène beaucoup plus loin. » (discours à l’University of Pennsylvania en 2014)

L’autre apprentissage que l’on peut tirer est que toute expérience est bonne à prendre. John Legend décrit son temps au BCG comme intéressant et enrichissant. Il dit avoir appris des choses qui lui servent encore aujourd’hui comme le travail d’équipe, la compréhension du business et la résolution de problèmes.

« Vous apprenez que parfois vous devez faire des choses que vous n’aimez pas absolument. Mais ayez toujours une idée en tête pour votre avenir pour laquelle vous travaillerez » (interview pour CNBC en 2018)

Le succès a mis du temps à arriver pour John Legend. Il lui a fallu travailler et retravailler son art, se faire du réseau et surtout profiter d’un peu de chance qu’il s’est finalement créée lui-même en osant croire à ses ambitions. Il ne s’est pas laissé décourager suite aux refus successifs et est aujourd’hui signé sur un label qui l’a refusé il y a quelques années !