Chaque mois, Not a Music Blog vous présente cinq anecdotes hip-hop, où vous retrouverez des coups de pub bien pensés, des circonstances improbables qui ont amené à la création de classiques, ou simplement des anecdotes qui montrent que le passage de l’anonymat au succès international ne tient souvent pas à grand-chose.

I show you how to do this, son!

Noah Shebib est le producteur fĂ©tiche de Drake. Au fil des annĂ©es, il a su façonner le style musical qui est associĂ© au rappeur-chanteur : les drums feutrĂ©es et l’atmosphère minimaliste de « Marvin’s Room » et « Take Care », le synthĂ© et la basse de l’ambitieux « Headlines », la reprise du sample de Lauryn Hill sur « Nice for What »…Producteur versatile et influent, il est surnommĂ© “40”, abrĂ©viation de « 40 days and 40 nights », rĂ©fĂ©rence aux nuits blanches qu’il passe en studio.

Noah Shebib était d’abord l’ingénieur son de Drake avant de vraiment collaborer en profondeur avec lui sur l’EP So Far Gone (2009). Quelques années plus tard, les deux hommes fonderont leur propre label, October’s Very Own (OVO) et connaîtront un succès monumental illustré par toute une décennie de hits.

Au fil des annĂ©es, “40” a racontĂ© dans les moindres dĂ©tails le processus crĂ©atif derrière So Far Gone, rĂ©Ă©ditĂ© plus tard en tant qu’album. Dans une publication du blog officiel de OVO, il explique que le projet Ă©tĂ© enregistrĂ© et mixĂ© sur un ordinateur portable avec « une petite interface […] et un micro de m*rde ». Cet article a priori anodin va pourtant inspirer une future star du rap que Noah Shebib rencontrera des annĂ©es plus tard au Wireless Festival de Londres.

« “40”, mec… tu as fait ce post sur le blog d’OVO, en disant que tout ce dont tu as besoin c’est ce micro, et une interface, et un ordinateur portable de m*rde […] et tu peux le faire. Genre, ne laisse personne te dire que t’as besoin de plus […]. C’est tout ce dont tu as besoin. […] Mec, tu as postĂ© ça et je suis allĂ© le montrer Ă  ma mère, et je lui ai dit “Yo, on doit acheter ce micro et on doit acheter ceci et cela, crois-moi, c’est tout ce dont j’ai besoin” et je l’ai suppliĂ©e pour ça et elle me l’a achetĂ© et regarde oĂą j’en suis maintenant ! »

Une simple publication de blog a inspiré Jacques Berman Webster II à enregistrer sa musique dans sa chambre et à tenter de devenir un grand nom. Quatre ans après avoir lu l’article, Jacques sortira sa première mixtape, Owl Pharaoh en prenant un nom de scène qui deviendra très connu par la suite : Travis Scott.

You’d be in Paris getting f****d up too

Paris a été la source d’inspiration d’innombrables morceaux emblématiques au fil des années. Certains mentionnent la ville dans le titre, les paroles, ou y font référence dans le choix des instruments. D’autres sont des productions parisiennes insoupçonnées, comme « Roxanne » (1977) de Police, inspirée par les prostituées près de l’hôtel où le groupe était logé.

Bien sûr, Paris inspire également le hip-hop avec son image raffinée et élitiste de ville d’artiste. Outre Jay-Z et Kanye West, un rappeur de Cleveland semble avoir vécu des moments mémorables en France.

Après une soirée complètement folle durant l’une de ses dates européennes, Machine Gun Kelly (MGK) se réveille dans sa chambre d’hôtel et la retrouve totalement dévastée ! « La nuit dernière, ça a dû être la folie ! » pense-t-il alors qu’il voit que tous les miroirs de la pièce sont cassés.

Cette matinée si particulière lui inspirera « Trap Paris », sorti en 2017 comme troisième single de son album Bloom. Le clip a pour cadre la capitale française, le début montrant des images d’immeubles typiques sur un air d’accordéon.

Seul bémol : cette soirée ne s’est pas du tout passée à Paris !

MGK avoue au site Genius que c’est en Allemagne, à Berlin plus précisément, qu’il a fait la fête au point de tout casser ! Le changement de lieu dans la chanson tient purement à la rythmique : il y avait trop de syllabes dans « Germany », et « Paris » sonnait beaucoup mieux. Le rappeur se justifie aussi en ces termes : « [Paris] c’est la porte à côté en plus, j’y étais juste avant et c’était fou là-bas aussi ! »

Remember me

En 1995, Dr Dre et Tupac sortent « California Love », premier single de Tupac après sa sortie de prison, classique instantané du rap West Coast qui se classera numéro un des charts pendant deux semaines.

Les deux compères du label Death Row Records sortent un remix et décident de tourner le clip à Compton, ville natale de Dre, située au Sud de Los Angeles et tristement célèbre pour les gangs qu’elle abrite. Le lieu du tournage est le Compton Fashion Center, grand édifice qui abrite un marché aux puces très fréquenté, notamment par les rappeurs qui vont y acheter des disques.

Très vite, une foule de fans s’agglomère autour d’eux et les policiers ont du mal à les contenir. Un homme, qui passait par là pour faire ses courses et qui s’avère être grand fan de rap, aperçoit la scène et s’empresse d’aller chercher son fils de 8 ans, le met sur ses épaules et observe avec lui deux des plus grandes superstars du rap.

Cette expérience va changer à tout jamais la vie du jeune garçon qui, tout d’un coup, est mis face à ces deux de ses idoles, deux figures plus grandes que nature dont il écoute régulièrement la musique et qui arrivent à drainer les foules de par leur charisme.

Sur le coup, le jeune Kendrick Lamar abandonne rapidement son projet de devenir basketteur pour se consacrer entièrement au rap. Plus tard, il dĂ©clare : « ce moment-lĂ , que je le sache ou non [Ă  l’époque], m’a branchĂ© sur ce que je fais maintenant, c’Ă©tait dĂ©jĂ  programmĂ© dans le destin ». Quinze ans après, il racontera cet Ă©pisode Ă  Dr. Dre, qui se souvient de cette journĂ©e et des gamins qui le regardaient de loin. « J’ai dit Dre, j’Ă©tais un de ces enfants qui Ă©taient lĂ , c’est une sensation de folie. »

How much for the rent?

Le Lichtenstein est un tout petit Etat européen de 160 kilomètres carrés et de moins de 40 000 habitants, situé entre l’Autriche et la Suisse. Plus connu pour son ski alpin et sa finance que pour sa scène rap, la principauté a bien failli faire partie de l’une des stratégies de promotion les plus invraisemblables de tous les temps.

Selon le Daily Mirror, en 2009, l’équipe de Snoop Dogg a contacté une agence de location de biens immobiliers liechtensteinoise pour une réservation à l’occasion de la sortie de Malice in Wonderland, dixième album studio du rappeur de Long Beach. Cette demande surprend l’agence et les autorités car elle concerne non pas un château ou une maison mais l’intégralité du Lichtenstein ! Selon l’un des agents, cette idée folle, qui aurait pu se concrétiser, n’a pas abouti parce que l’équipe de Snoop ne leur a pas laissé « assez de temps ».

Bien qu’il n’ait jamais confirmé la véracité de cette anecdote, le Doggfather est peut-être passé tout près de louer tout un pays !

Everybody gotta start somewhere

Il n’est pas toujours facile d’essayer de percer dans le rap. En attendant de voir les fruits de leur travail, les artistes sont très souvent obligés de trouver un travail alimentaire pour payer les factures et dans beaucoup de cas subvenir aux besoins de leurs familles. Dans 8 Mile, on a pu découvrir que, bien avant la célébrité, Eminem travaillait dans une usine pour gagner de quoi nourrir et élever sa fille, par exemple.

Des petits boulots dans des magasins ou des fast-foods, même s’ils sont fatiguants et mal payés, permettent de financer leurs « side hustles ». A ce titre, la restauration a vu passer beaucoup de futures stars : Nicki Minaj travaillait comme serveuse dans la chaîne de restaurants Red Lobster à New York, Machine Gun Kelly roulait des burritos pour Chipotle et B.o.B faisait des sandwichs chez Subway. Même Eminem a travaillé en tant que cuisinier et plongeur à un moment !

D’autres ont postulé pour être vendeurs, comme Kid Cudi qui conseillait les clients dans une boutique Bape ou Kanye qui a travaillé dans un Gap à Chicago.

En cherchant un peu, on trouve aussi des carrières beaucoup plus étonnantes : Kendrick Lamar était agent de sécurité pour une banque, expérience dont il parle brièvement sur le morceau « ​m.A.A.d city », Method Man du Wu-Tang Clan a travaillé à la Statue de la Liberté pendant cinq à six ans, Biggie était conducteur de camion pour UPS et J. Cole était collecteur de dettes par téléphone pendant la crise de 2008 !

Enfin, Puff Daddy a commencé en tant que stagiaire pour le label Uptown Records. C’est durant cette période qu’il aidera à faire connaître Mary J. Blige, Jodeci, et qu’il découvrira The Notorious B.I.G.

L’image du succès instantané est trompeuse. Derrière une nouvelle étoile montante de la musique se cachent des heures à travailler son art en parallèle d’un job « de jour » souvent ingrat. Des situations difficiles mais temporaires en attendant de vivre de sa passion.

En conclusion, voilà une vidéo de Tyler, the Creator qui parle de ses expériences à FedEx et Starbucks et qui a un message pour son ancienne boss !