Chaque mois, Not a Music Blog vous présente cinq anecdotes hip-hop, où vous retrouverez des coups de pub bien pensés, des circonstances improbables qui ont amené à la création de classiques, ou simplement des anecdotes qui montrent que le passage de l’anonymat au succès international ne tient souvent pas à grand-chose.

My Adidas

Traditionnellement, le hip-hop est divisé en quatre branches principales : le deejaying, le breakdance, le graffiti et le rap (branche pour laquelle il est le plus connu). Echappatoire devant la dure réalité du ghetto, vecteur de revendications sociales, c’est une philosophie de vie qui se traduit par une façon de penser, une façon de parler…et une façon de s’habiller. Le look « classique » est mondialement connu : casquette ou bob, hoodie ou t-shirt blanc très large, chaînes, jean baggy…sans oublier la paire de baskets !

Le hip-hop a popularisé les « sneakers » et a contribué à l’essor de ce que l’on appellera la « sneaker culture », avec ses collectionneurs à la recherche de paires rares et d’éditions limitées, prêts à faire la queue pendant des jours entiers devant un magasin. Les rappeurs sont des égéries presque naturelles pour les marques de nos jours, mais tout a commencé avec un groupe légendaire des années 1980 qui affectionnait une certaine marque aux trois bandes.

En 1986, Run-D.M.C. sort Raising Hell, mélange de rap et de rock qui deviendra le premier album hip-hop certifié disque de platine aux Etats-Unis. Très fans de sneakers, ils décident de consacrer un morceau à leur modèle préféré, les Adidas Superstar.

Conscients de leur influence et de l’opportunité qui se présentait à eux, ils invitent Angelo Anastasio, responsable de marque de Adidas, à leur concert au Madison Square Garden. Parés de vestes aux couleurs de la marque, DMC, Run et Jam Master Jay demandent au public de lever leurs Adidas au ciel durant le morceau. Environ 20 000 personnes enlèvent leurs chaussures et les brandissent. Angelo Anastasio est conquis : « My Adidas » fera des trois compères les premiers artistes hip-hop à signer un contrat de sponsoring avec une grande marque, et ce pour plus d’un million de dollars. La marque allemande verra sa popularité monter en flèche grâce aux rappeurs new-yorkais. Plus encore, elle est définitivement associée au streetwear, à la culture hip-hop florissante et à la jeunesse.

« Je pense que la relation avec Adidas a légitimé notre culture » déclare D.M.C. lors d’une interview pour la marque. « Parce qu’avant que cela n’arrive, les gens disaient que c’est juste une mode, que le rap est juste une mode, que c’est négatif, que ce n’est pas bon, que personne ne l’aimera jamais. Notre relation avec Adidas nous a donc légitimés, parce que c’était un tout autre monde, qui était très respecté, qui était très familial. Les gens se sont donc dit “si le rap est si mauvais que ça, comment ça se fait que Adidas bosse avec ces rappeurs, là ? Cela nous a donc donné une certaine légitimité, c’est sûr. »

Une histoire qu’Adidas n’oublie pas car elle a sorti cette année une réédition de la Superstar en collaboration avec les rappeurs avec qui tout a commencé.

Show me what you’ve got

Kendrick Lamar considère Eminem comme l’un des meilleurs rappeurs de tous les temps et a été très influencé par son style et sa technique.

En 2012, après la sortie de Good kid, m.A.A.d City, la réputation du jeune rappeur de Compton arrive jusqu’à Eminem, qui écoute quelques morceaux et s’étonne de son talent, de sa capacité à raconter des histoires et de son aisance, à tel point qu’il le soupçonne d’avoir un ghostwriter (quelqu’un qui écrit pour lui). Ne pas écrire ses propres rimes est un pêché capital pour le hip-hop dans lequel Em a grandi. Pour gagner le respect de Slim Shady, le kid devra donc être testé.

Plus tard, Kendrick se remémore cet épisode :

« [Eminem] m’a invité à Detroit, j’avais un show, et il m’a fait venir au studio pour enregistrer un refrain… J’y suis allé, j’ai fait le refrain, et il m’a dit : “J’aime bien le refrain”. Puis je lui ai dit : “D’accord, cool, je vais y aller”, et il m’a dit : “Tu penses que tu pourrais faire un couplet ?” »

Em fait sortir tout le monde du studio et laisse Kendrick seul pour qu’il écrive son couplet sur papier. Le résultat confirme que les rumeurs étaient vraies : ce gamin a du talent ! Un an plus tard, Kendrick Lamar sera le seul rappeur invité sur The Marshall Mathers LP 2, lui qui avait étudié en détail le premier opus, paru en 2000, pour apprendre à mieux rapper. Full circle.

« It was all a dream ! »

Qui n’a jamais entendu les légendaires premiers mots de « Juicy », le morceau phare de Notorious B.I.G. ? Un monument du hip-hop et de la pop culture, récit du passage de la misère à la richesse, symbole du rêve américain, c’est incontestablement l’un des meilleurs morceaux hip-hop de tous les temps. Cette année, le morceau a été repris en coeur par Brooklyn pendant le confinement, preuve supplémentaire de la force de son message.

Le statut actuel de « Juicy » ferait presque oublier que son auteur était loin d’être conquis par le morceau au départ !

Durant les sessions d’enregistrement de Ready to Die, album qui révèlera Biggie au monde, Puff Daddy essaiera une formule qui fera tout le succès de son label Bad Boy Records. Il faut que tout le monde trouve son compte dans cet album. « La street » aura ses morceaux purement rap, emplis de technique et de rimes multi-syllabiques, prouvant que le Biggie qui faisait des battles dans la rue n’a pas changé et qu’il n’a pas vendu son âme pour devenir célèbre. Mais il faut aussi que le grand public soit séduit dès le premier single, et qu’une partie de l’album qui puisse passer à la radio. Il faut donc un flow plus posé, des mélodies entraînantes et accrocheuses et moins d’insultes et de paroles choquantes. Soit exactement l’opposé de ce que faisait Biggie !

Pour la mélodie samplée, le choix se porte sur « Juicy Fruit » de Mtume, un morceau RnB des années 1980. A la première écoute de l’instru, B.I.G. n’est pas du tout fan. Si l’on en croit le film Notorious, biopic produit par Bad Boy, il aurait même répliqué à Diddy : « C’est quoi la suite ? Tu veux que je danse comme MC Hammer ? »

Biggie voulait que « Machine Gun Funk » soit le premier single, mais Puff le forcera à poser sur « Juicy Fruit », lui promettant que le morceau aura du succès et que sans single jouable à la radio, il ne serait qu’un rappeur underground fauché. B.I.G. fini par accepter. And the rest, as they say, is history.

Wasn’t me!

Lil Nas X était partout en 2019. Son méga-hit, « Old Town Road », a trôné au sommet des charts pendant dix-neuf semaines, record de longévité aux Etats-Unis. Incontournable, il a transformé un gamin fauché d’à peine 20 ans, vivant chez sa sœur et ayant arrêté les études, en artiste récompensé aux Grammy Awards.

Dans la foulée, Lil Nas X sort son premier album, 7. « Panini », troisième single sorti le 20 juin 2019, attire l’attention en raison de son refrain à la mélodie étrangement similaire à celui de « In Bloom » de Nirvana. Nas X affirme que la ressemblance est involontaire. Il n’a écouté Nevermind, album sorti bien avant sa naissance, qu’au moment où des remarques avaient été faites sur le morceau.

Malgré cette justification, Kurt Cobain est cité comme auteur dans les crédits du morceau et Lil Nas X a tweeté des remerciements à Frances Bean Cobain, fille du chanteur.

We on Award Tour

Durant sa carrière longue de plus de 20 ans, Tech N9ne est devenu, selon ses propres mots, le « rappeur indépendant numéro un dans le monde ». Sans l’aide d’un grand label et grâce à sa communauté de fans invétérés, les « Technicians », le natif de Kansas City (Missouri) a vendu 2 millions d’albums via son label Strange Music. En 2014, il s’offre même le luxe d’entrer dans le classement Forbes des rappeurs les plus fortunés.

Un succès qu’il doit à sa technique et son flow hors du commun, son sens du business affûté et sa propension à associer son rap au rock et au métal. Tech N9ne est un artiste prolifique qui enchaîne les projets (14 albums solo et 8 albums collaboratifs) et qui passe le plus clair de son temps en tournée.

Son rythme est tellement intense qu’en 2012, il bat le record de la plus longue tournée ininterrompue de l’histoire du rap : 90 dates en 99 jours pour son « Hostile Takeover Tour » !

« Ça a commencé par 90 dates en 99 jours et maintenant c’est 95 shows en 104 jours. Je vais probablement être très maigre à la fin de cette tournée et sans voix, mais ça a été bien jusqu’à présent”.