Un peu moins de cinq années, c’est le temps qui sépare le nouvel album du one-man band Tame Impala de son prédécesseur Currents.
Alors, quand Kevin Parker annonçait lors du courant de l’année passée être en train de travailler sur plusieurs nouveaux morceaux pour un nouvel album, il n’en fallut pas plus pour que tous les fans de rock psyché et d’indie se mettent à attendre religieusement celui-ci. Presque extatiques.

Mais ne parlez pas de genres à Kevin Parker, musicien multi-instrumentiste originaire de Perth. On retrouvera dans The Slow Rush des sonorités aussi bien rock qu’acid-house mais aussi très funk et disco.

Il citera notamment Supertramp, The Chemical Brothers, The Bee Gees ou encore Daft Punk comme étant les artistes qui l’ont le plus influencé.

Inutile de mettre dans une case Kevin Parker donc, grand amoureux de hip-hop également. Ces dernières années, il a produit et collaboré avec des artistes tels que Kanye West, Theophilous London, Travis Scott et bien d’autres.
C’est maintenant certain, il n’est plus le jeune australien aux longs cheveux blonds cliché d’il y a 13 ans, introverti sur lui-même et composant ses morceaux de façon underground dans son coin.

Dans son huitième album intitulé “ANTI”, Rihanna se permettait même de reprendre New Person, Same Old Mistakes, un des morceaux phares de l’album Currents et rebaptisé Same ol’ Mistakes pour l’occasion.

C’est dire à quel point l’australien n’a cessé de se batir en une dizaine d’années une réputation d’icone à travers ses albums mais également à travers ses shows spectaculaires à travers le monde, où il est très souvent tête d’affiche.
Même plusieurs années après la sortie d’un album, comme à Coachella en 2019.


Surdoué, il l’est également. Kevin Parker est à l’origine du travail gigantesque derrière tous les albums de Tame Impala.
Cet égoisme est même selon lui une condition sine qua non de l’expression de ses idées.

Un peu comme un “date” amoureux, le musicien nous a alors donné rendez-vous le jour de la Saint-Valentin pour nous dévoiler son 4eme album intitulé “The Slow Rush”.
Album produit dans sa ville natale australienne ainsi qu’en Californie, avant de voir la maison où il enregistrait devastée par les flammes lors des incendies.

Coincidence ou pas étant donné la date de sortie, l’album parle énormément d’amour mais aborde surtout la thématique du temps avec une pochette d’album représentant “l’intérieur d’une maison où la nature a repris ses droits” avec le sable comme symbole d’écoulement du temps qui passe.

Et pourtant, on pourrait très bien qualifier cet album d’intemporel tant il explore des sonorités et des styles musicaux très différents. Le tout en gardant une âme très pop.
Exit les sonorités de guitares saturées, devenues marque de fabrique de Tame Impala  et place aux synthés acid, au groove et aux mélodies plus “planantes”.

C’est jusqu’à ce jour le projet de Tame Impala le plus abouti mais également, et on verra pourquoi, le moins audacieux.

One More Year, Posthumous Forgiveness, Lost in Yesterday et Tomorrow’s Dust nous embarquent dans une nostalgie excessive et démesurée mais réelle, une nostalgie si chère à Kevin Parker et qu’il compare très souvent à une drogue.

C’est d’ailleurs dans Posthumous Forgiveness, morceau probablement le plus intime de l’album, où il évoquera la relation compliquée qu’il a eu avec son père, mort en 2009 :
Ever since I was a small boy / No one else compared to you, no way / I always thought heroes stay close / Whenever troubled times arose…
Wanna tell you ’bout the time / I was in Abbey Road / Or the time that I had / Mick Jagger on the phone’


The Slow Rush
est un album autobiographique où viennent se mêler imagination et fiction.

Le présent et (l’incertitude du) futur sont également explorés à travers des morceaux comme One More Hour, On Track et Glimmer.

Dans Is It True, Kevin Parker mettra en avant sa peur constante de ce que le futur peut réserver en évoquant sa relation avec sa bien aimée et crush d’enfance Sophie Lawrence, avec laquelle il s’est marié il y a un an :
We started talkin’ ‘bout devotion / The kind that goes on eternally / And I tell her I’m in love with her / But how can I know that I’ll always be?’

On regrettera cependant un manque de prises de risques en comparaison des précédents albums, une prudence assumée par Tame Impala qui prend dans ce nouvel album une direction plus pop.
On notera aussi que la composition jouit toujours d’un anti-conformisme de la part du producteur, qui évite toujours autant les couplet/refrain à la manière d’un Frank Ocean.

Surprenant, c’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’on pense à The Slow Rush.
Kevin Parker nous livre ici son projet le plus maitrisé et le plus catchy jusqu’à ce jour, au détrimant d’un certain manque d’audace dont on pourra aisément se passer mais qui aurait pu rendre le tout un peu plus spontané et moins prévisible.
Une heure de bonheur mais sans ce brin de folie qui, rappelons-le, l’a hissé au rang des artistes les plus complets et les plus “frais” de cette dernière décennie.