“You know you made it when Weird Al parodies your song”

Cette phrase rĂ©sume Ă  elle seule l’importance de Weird Al Yankovic ainsi que son statut dans le monde de la musique. Nous l’avions Ă©voquĂ© très rapidement dans notre article sur les memes, mais cette figure de la pop culture amĂ©ricaine mĂ©rite bien son propre article !

Alfred Yankovic, né en 1959, a grandi à Lynwood, en Californie. A l’âge de sept ans, ses parents lui payent des cours d’accordéon, ce qui va éveiller en lui un grand intérêt pour la musique.

Pourtant, suivre sa passion ne relève pas de l’évidence au dĂ©but : Alfred se destine Ă  l’architecture et obtiendra mĂŞme un diplĂ´me de la California Polytechnic State University. Pendant son temps passĂ© lĂ -bas, il est quelqu’un de rĂ©servĂ© et solitaire, ce qui lui vaudra d’être dĂ©nigrĂ© et surnommĂ© « Weird Al ».

Il commence alors Ă  jouer de l’accordĂ©on et Ă  chanter pour ses camarades de dortoir. Ses performances rencontrent du succès et l’amènent Ă  jouer dans des cafĂ©s pour un public un peu plus grand. Pendant sa deuxième annĂ©e, il deviendra DJ Ă  la radio Ă©tudiante locale et dĂ©cide de se faire appeler « Weird Al », reprenant Ă  son avantage le surnom moqueur.

PassionnĂ© des charts, Alfred passe beaucoup de temps Ă  Ă©couter la radio, en particulier l’Ă©mission d’un certain Dr. Demento, un prĂ©sentateur qui passe uniquement des morceaux comiques et sortant de la norme. Par ce biais, il dĂ©couvre toutes sortes d’artistes parodiques qui vont l’inspirer.

Un jour, en 1979, alors qu’il est dans les locaux de la radio universitaire, Alfred s’enferme dans les toilettes afin de profiter de l’écho acoustique et enregistre « My Bologna », parodie de « My Sharona » du groupe The Knack, hit de l’époque. Il envoie une cassette à Dr. Demento qui apprécie le morceau et le joue à la radio. Plus tard, Al rencontrera The Knack, qui se produisaient dans sa fac, et verra même le chanteur lui avouer qu’il apprécie la chanson. A ce moment, le jeune artiste réalise qu’il serait peut-être possible de faire carrière dans la musique…

En septembre 1980, Dr. Demento invite Weird Al dans son émission pour qu’il enregistre une parodie en direct : « Another One Rides the Bus » reprend « Another One Rides the Dust » de Queen à l’accordéon, mais décrit tous les inconvénients à prendre les transports en commun !

Le morceau marche très bien auprès des auditeurs. Tout juste un an après avoir enregistré sa parodie dans des toilettes, Weird Al se retrouve soudain catapulté à la télévision dans The Tommorow Show de Tom Snyder pour jouer sa reprise.

Dans la foulée, le parodiste forme rapidement un groupe de musiciens et part en tournée avec Dr. Demento en 1981. Al signe en maison de disque en 1982 et commence à travailler sur son premier album, qui sort un an plus tard.

Il faut dire aussi qu’il se trouve à la bonne période au bon moment. Sa montée vers la célébrité se produit au même moment que le lancement d’une chaîne de télévision qui va révolutionner l’accès à la musique : Music Television, MTV.

Plus généralement, il apporte un côté comique que la chaîne ne possédait pas forcément. Il y trouve aussi une vitrine pour mettre en valeur sa créativité et son talent. Weird Al est régulièrement à l’écran. C’est même grâce à MTV qu’il amorcera un tournant dans sa vie : le clip pour son single « Ricky » entre dans le Top 100 des vidéos de la chaîne, faisant réaliser au comique que la musique est sa vraie vocation. Al quitte le boulot de commis au courrier qu’il occupait à l’époque et se consacre pleinement à sa passion.

En 1984, il franchit un palier avec « Eat It », parodie de « Beat It » de Michael Jackson.

Al Ă©prouve un profond respect pour les artistes qu’il parodie, si bien qu’il demande leur permission de parodier un morceau ou de rĂ©aliser un clip, et leur envoie mĂŞme le rĂ©sulter pour avoir leur approbation. C’est donc naturellement qu’il contacte un reprĂ©sentant du King of Pop pour demander l’autorisation de parodier, mais sans grand espoir de rĂ©ponse. A la plus grande surprise du parodiste, Michael Jackson, dĂ©clare aimer sa reprise et donne sa bĂ©nĂ©diction. MJ va jusqu’à lui donner accès au dĂ©cor studio de son film Moonwalker afin qu’il enregistre le clip. « Eat It » se hissera Ă  la quatorzième place des charts, un succès inouĂŻ pour une parodie. Ce soutien de poids aidera grandement Weird Al et lui ouvrira la porte de nombreux autres artistes.

Durant les annĂ©es suivantes, le comique enchaĂ®nera les succès et les parodies. Tout le monde y passe : James Brown, Madonna, Cindy Lauper, Nirvana, Puff Daddy, Usher, Katy Perry, Taylor Swift… Weird Al reprend les plus grands hits et les tourne en dĂ©rision en changeant totalement les paroles et les thèmes. Ses talents d’accordĂ©oniste apparaissent dans chaque album Ă  travers une reprise polka d’une chanson ou un medley de plusieurs hits.

Chanteur, rappeur, Al est un camĂ©lĂ©on qui arrive Ă  adopter le style de l’artiste parodiĂ©, avec une palette allant des diffĂ©rents styles de chant au rap. Il crĂ©e aussi des chansons originales et collabore avec d’autres musiciens comme rĂ©cemment avec le groupe Portugal. The Man.

Au fil des années, avec son style unique et reconnaissable instantanément, Weird Al Yankovic est devenu une référence de la pop culture américaine, apparaissant dans des films et des séries comme The Simpsons, How I Met Your Mother, Crazy Ex-Girlfriend et The Big Bang Theory. Il collabore régulièrement avec des chaînes Youtube humoristiques et apparait dans quelques jeux-vidéos.

Les artistes sont à présent enthousiastes à l’idée d’être parodiés par Weird Al, si bien qu’il n’essuie quasiment plus de refus. Pour l’anecdote, en 2011, Weird Al enregistre deux parodies de Lady Gaga, « Perform This Way », parodie de « Born This Way » , et « Polka Face », reprise de « Poker Face ». Comme à son habitude, il demande l’autorisation, mais l’agent de la chanteuse refuse une sortie commerciale. Peu de temps après, Lady Gaga finit par tomber sur les morceaux, publiés gratuitement sur Youtube, et les apprécie tellement qu’elle finit par autoriser elle-même la sortie (son manager ne lui avait pas transféré la demande) et avoue être une grande fan de Al, dont elle voit les parodies comme un « rite de passage ».

En 2014, il fait son retour avec Mandatory Fun, oĂą il reprend les artistes modernes comme Lorde, Pharrell et Iggy Azalea.

En près de quarante ans de carrière, Weird Al s’est construit un palmarès Ă  faire rĂŞver n’importe quel artiste : quatorze albums, plus de treize millions de disques vendus, six disques de platine, cinq Grammy Awards (pour seize nominations) et plus de 1000 reprĂ©sentations sont Ă  son actif.

Il est l’artiste comique le plus vendu de tous les temps et fait partie de la poignĂ©e de musiciens qui ont rĂ©ussi Ă  placer un morceau dans le Billboard Top 40 sur les quatre dernières dĂ©cennies, aux cĂ´tĂ©s de Madonna, Michael Jackson ou encore U2.

Weird Al a tout autant inspirĂ© les parodistes d’aujourd’hui comme The Lonely Island que des artistes plus « sĂ©rieux » comme Lin-Manuel Miranda, qui le cite comme l’une des influences pour la comĂ©die musicale Hamilton. Encore aujourd’hui, il arrive Ă  susciter de l’attente autour de ses projets Ă  une Ă©poque oĂą les parodies sont omniprĂ©sentes. Il a aussi su se diversifier en s’essayant au cinĂ©ma, au talk-show et mĂŞme au livre pour enfant !

Un artiste hétéroclite et bourré de talent qui a su croire en ses rêves malgré sa timidité et qui a assumé pleinement son originalité. La preuve qu’oser croire en ses rêves peut vous faire passer du gars le plus bizarre du campus au plus bizarre des propriétaires d’une étoile au Hollywood Walk of Fame !

« Je pensais qu’un jour je devrais grandir et devenir adulte. Cela n’est pas encore arrivĂ© »